Un pervers narcissique n’offre pas de jonquilles. |
Certaines déchéances sont difficiles à respecter. |
Quelquefois, on est prêt à toucher le fond pour trouver la forme. |
On ne demande pas à une épave si elle a fait bon naufrage. |
Né sous X, il devient acteur pornographique. |
Celui qui croit apprendre de ses erreurs se trompe. |
Les écrivains heureux jardinent leurs paysages. |
La trigonométrie est un sport de compas. |
Il n’y a que dans les grammaires qu’une double négation équivaut à un consentement. |
Une bouteille à la mer peut être à moitié vide ou à moitié pleine. |
Catégorie : Blogs et sites d’auteurs
| Tout est loin [extraits]
Je ne vais plus semer de baisers sur ta peau Je ne vais plus guetter ton rire entre les pages Je ne vais plus lire ton corps dans un nuage Je ne vais plus peser l’ombre de tes cheveux Je ne vais plus bouter le feu à tes silences Je ne vais plus marcher sur le fil de ta joie Je ne vais plus sonner le glas de tes absences Je ne vais plus ouvrir tes rêves avec mes lèvres Je ne vais plus lever le poids sur tes épaules Je ne vais plus chercher le chemin disparu Je ne vais plus oser parce que tu as peur. |
Depuis hier soir, tous les soirs je bois un thé de camomille devant un programme d’Arte et quand ma tête est endormie mon cœur continue à fumer Depuis hier, tous les week-ends je restaure un château hanté dont le fantôme est un sorcier qui peut lire dans mes pensées Depuis hier, chaque semaine je fréquente des cinéphiles Je les envie qui s’ébaudissent de jeunes films sud-coréens Depuis hier, chaque midi je bois un vin blanc en terrasse avec des amis très bronzés (c’est excellent pour ce que j’ai : vagal chagrin d’amour qui peine à se dissoudre dans l’automne) Sous ces nouvelles habitudes je vais vivre assez vieux pour voir mon profil changer de visage et vieillir prendre un sens heureux que tu ne connaîtras donc pas. |
Vivre seul, c’est veiller au moindre de ses gestes, par peur des faux mouvements. C’est se parler à voix haute, pas trop souvent, mais avec gentillesse. Parfois aussi se taire pour ne pas se tarir. C’est mesurer d’une caresse le calendrier de la poussière. C’est honorer des rendez-vous avec un fantôme insomniaque. Vivre seul, c’est chanter à tue-tête dans un pommeau de douche, sans crainte de représailles. C’est garder les mêmes pantoufles même si elles sont à bout de souffle. C’est ne pas vider le lave-vaisselle tant qu’il ne pipe mot. Vivre seul, c’est revoir trois fois le même film, parce que Scarlett est belle. Vivre seul, c’est vouloir, dans la danse des draps, me serrer dans mes bras comme tu le faisais. Vivre seul, c’est ne pas nommer la solitude. |
Nos morts nous volent en douce une parcelle de nous-même une présence au passé qu’ils œuvrent à nous soustraire Et c’est la vraie raison pourquoi nous les pleurons et pourquoi nous parlons de vivement les rejoindre pour fouiller leurs valises leurs poches et leur mémoire. |
Le temps d’une saison, d’une étoile filante, tu seras de retour ma belle passagère car cela est écrit dans la poussière ardente et germe sous la terre. La vie ne voudrait pas nous séparer déjà. Elle a trop d’attentions pour ceux qui la chérissent et poursuivent le combat malgré leurs cicatrices. Tu ne me diras rien de ton voyage éteint. Tu poseras ta main sur mon épaule et tes armes à mes pieds. Nous les enterrerons au matin. Alors tu seras là, précieuse fugitive. Tes yeux se pencheront sur le puits de mes larmes. Tout sera oublié pour que l’été revive. |
J’habite à reculons des souvenirs ténus d’insalubres maisons qu’il eût fallu abattre D’improbables moissons saturent leurs greniers Je maudis ma mémoire qui les a retenus et bénis leurs maçons pour les avoir construits. |
Tu effaçais toutes mes traces sans état d’âme ni pathos Mes mégots nos bouteilles bues les canettes que nous vidions à la santé de ton cœur libre l’historique de nos échanges nos sms nos mails nos chats le creux de mon corps dans vos draps mon sperme sur ton oreiller et mon reflet dans les miroirs tout s’en allait à la corbeille Et mes morsures dans ta nuque mes baisers sur tes lèvres tièdes cicatrisaient à la minute comme s’ils n’avaient pas existé Quand ma ferveur oblitérée s’accommodait du double jeu dont je n’apprendrais pas les règles tu murmurais en m’embrassant que tu aimerais sauver ton couple et te trompais en le trompant et que tu ne savais pas trop si notre aventure valait la peine d’avoir du chagrin Tu m’as forcé à avaler avec le venin des couleuvres la gomme qui allait m’effacer. |
| 69 selfies flous dans un miroir fêlé [extraits]
Je me shoote au chagrin des autres et du mien J’élague les sanglots et dégorge les peines Je fais des confitures de bourdons cafardeux avec de vrais morceaux de tristesse dedans Je flaire le malheur à plusieurs kilomètres comme un requin le sang qui pleure d’un blessé J’ai besoin de ce fix pour planer à travers les plis de la journée et les plaintes du soir Je sens monter les larmes comme une jouissance. |
Quand je m’use les yeux entre des murs aveugles devant un écran bleu en quête de bonheur quand des amis me disent avec mansuétude qu’il est avantageux de savoir où aller quand moite je me cogne aux miroirs de ma vie pour qui c’est chaque jour le jour des encombrants quand des enfants sournois lacèrent mon visage parce que je souris autrement que leurs pères où œuvres-tu Seigneur qui nous dit-on rachète maquignon sans vergogne tous les péchés du monde ? |
Si cela ne suffit pas j’ajouterai des oiseaux et peut-être des anges (l’acrylique sur toile n’aime pas les mélanges) dans un coin du tableau et dans l’autre une étoile ou plutôt un soleil au-dessus d’une piscine lascive et bleu Hockney où mes deux baigneurs nus parce qu’ils n’ignorent pas que je peins le bonheur nageraient cent longueurs sans langueur. |
Tu passes beaucoup d’heures, les meilleures de tes jours et de tes nuits, devant un écran plat, petite merveille technologique qui te bombarde de pixels. Il t’offre les débats, les combats, les ébats, les fictions, les romances, la plongée en apnée dans des histoires de cul, les films de Cap d’Agde et d’épée de Damoclès qui manquent si cruellement à ta vie sédentaire. Excité, fasciné, hypnotisé, passif et prosterné, tu t’endors sans prières devant ce dieu qui tremble. Et tu te réveilles vide de ce que tu as vu. Pourtant tu penses que parfois ton téléviseur voudrait te dire quelque chose. Il ne trouve pas les images. |
Le petit dieu de tes imperfections peut dormir sur ses deux oreilles sourdes Né avant-hier et de manière absurde déjà on lui crée une religion Son Panthéon draine des pèlerins Loué soit-il pour ses fiers coups de reins Priape et Pan avec leurs ventres ronds époux puceaux boursouflés d’importance bandent en chœur pour son omnipotence Je l’ai prié D’autres le brûleront. |
Cueillir le jour Courir les rues Sauver la face Nager nu Caresser l’air Vivre l’instant Aimer l’ami Dormir l’amour Ouvrir les mots Prendre parti Chasser des souvenirs Voler Braver les ordres Rester sobre Brider les peurs Planter un arbre Voir avec force Parler vrai Se tenir droit Marcher sans but Trembler sous la nuit Rire au vent Mettre les fantômes au pas Chérir les morts Fuir la Bêtise Perdre son temps Trouver sa place N’obliger personne Ne pas Juger par l’écorce le cœur. |
Ma grande sœur déconseillait de soupirer contre le vent de recueillir un chat l’hiver et de pleurer l’estomac vide Elle avait bien d’autres lubies que sublimait son célibat mais je ne vous les dirai pas (ou bien dans un autre poème) Sa maison était une ruine et de nombreux corps de métier s’y succédaient après journée Elle offrait des bières et sa joie aux ouvriers qui riaient fort jusque bien tard dans son taudis (je me souviens de leurs odeurs) Un soir je l’y trouve endormie dans un bain de mousse bleu pâle (la porte n’était pas fermée) À la hauteur de son nombril flottait un luxueux sextoy (je me rappelle sa couleur) Quand j’ai voulu la réveiller il a plongé comme un voleur. |
| Un coeur lent [extraits]
aux polyamoureux J’aime être étouffé par l’étreinte d’une ville inconnue et par ses labyrinthes quand tout sens de l’orientation vacille et devient incertain Enfant déjà, j’allais vers les fêtes foraines pour leur Palais des glaces et dans les parcs à thèmes me perdre aux dédales de buis Aujourd’hui encore les tracés tortueux comme les pistes fausses me procurent un vertige qui fait battre vite mon cœur pourvu qu’il puisse errer du côté où il veut Et je refuse les fils d’Ariane et je titube cru à raison ou à tort vers les gueules concaves d’aimables minotaures Quant à mes méandres lascifs oui : je préfère au lit les polyamoureux aux amoureux polis. |
invention de l’oubli Les arbres boivent la lumière et l’eau du fleuve leur reflet Avril met les bouchées doubles C’est un bon mois pour t’oublier prendre une distance polie et ne plus me parler de toi Ce printemps invente une langue que je peux comprendre Il s’agit de mettre à mal ma nostalgie Je vais lancer ton souvenir contre le miroir de mes jours Et l’on verra bien qui se brise. |
cœur incomplet On ne se dépêtre pas ainsi en deux temps trois mouvements et quelques tours de clé de tout le cher passé Ce serait trop facile s’il suffisait de dire basta de repeindre les murs de couper les compteurs et de fermer les portes Il faut se lever tôt reprendre à bras-le-corps les pièces du puzzle vider de vieux cartons respirer leur poussière parfois évacuer d’une larme un cil mort dans un battement de paupières – les mains sont occupées – Le cœur n’affiche jamais complet. |
chagrin Tout ce qui s’égrène le cœur d’une grenade les grains de ta beauté les chapelets soufis les grappes de raisins les pois écossés les groseilles les blés dans les greniers la grammaire des sabliers le grésillement des bouliers les engrenages gangrenés la grande Garabagne la grenouille grégaire les granulés de bois la grippe et la migraine les points de suspension les jours et les heures les minutes et les secondes tout ce qui s’égrène me chagrine. |
carnet de doutes À quoi bon des certitudes des carcans et des canevas ? À quoi bon des plans de carrière des almanachs, des échéances des ultimatums sur l’amour des embargos sur nos semblables ? Et si nous construisions mais sans échafaudage Et si nous écrivions dans nos carnets de doutes à l’encre sympathique Et si nous voyagions avec l’instinct du cœur et avec l’intuition pour seules et solaires boussoles ? Où nous allons, demain ne pèse pas plus lourd qu’une haleine d’enfant dans l’œil noir du cyclone. |
cœur incomplet On ne se dépêtre pas ainsi en deux temps trois mouvements et quelques tours de clé de tout le cher passé Ce serait trop facile s’il suffisait de dire basta de repeindre les murs de couper les compteurs et de fermer les portes Il faut se lever tôt reprendre à bras-le-corps les pièces du puzzle vider de vieux cartons respirer leur poussière parfois évacuer d’une larme un cil mort dans un battement de paupières – les mains sont occupées – Le cœur n’affiche jamais complet. |
contre l’abattement Accorde-moi un dernier verre de l’alcool fort de ta jeunesse Après la guerre forcenée et ma défaite accorde-moi la pacification par la caresse fauve de tes épaules et de ton torse offerts Abonde Luttons Bande contre l’abattement qui menace mes jours l’arc blond de ta beauté. |