| Si tu me disais viens [2007]

Si tu me disais viens et autres poèmes
Si tu me disais viens et autres poèmes, Bruxelles, éditions Ercée, 2007, 96 p.

à propos de ce livre

Il y a, chez Karel Logist, quelque chose d’un Apollinaire postmoderne. Il donne à ses poèmes un rythme entre complainte et comptine, avec une tendresse et une mélancolie primesautières. Ici, la simplicité chante et enchante, mais la musicalité n’exclut pas le réalisme. Si tu me disais viens, c’est, évidemment, un programme de rencontre (amoureuse), c’est un projet auquel le «je» – disons Logist – souscrit avec enthousiasme, malgré les périls qu’il recouvre, et surtout «je prendrais ça très bien / que ce soit aujourd’hui / que tu me le proposes». Il y a ainsi, tout à la fois, une forme de l’attente et une de l’urgence; autant dire que les poèmes s’enthousiasment à l’idée de la rencontre et s’y préparent, mais que l’initiative devra venir de l’autre car, de ce côté, le monde fait le point sur lui-même, comme pour mieux savoir ce qu’il aura à proposer au moment de répondre à l’appel. Et ce monde, c’est aussi celui de «six heures du matin / quand les mendiants sont endormis / dans les parkings / sous des cartons», où «les toxs ont des chiens / jaunes qui les tirent en ville», et dans lequel «les photographes s’y entendent / pour rendre belles les princesses». Logist ne se laisse pas abuser par les diverses facettes de la réalité, mais «on veut croire à l’amour / pour soi, pour l’autre, pour tous les autres». Aussi, entre observation et réflexion tient-il «la chronique de nos tourments / de jours qui coulent en couleur / dans le sens des heures à venir», sachant qu’«on t’abrite de la nuit / jamais de ses démons». Le désir l’emporte toutefois sur les désillusions et le recueil trace une quête du bonheur, mais le poème ne s’écrit pas que dans les livres puisque «c’est écrit là entre tes yeux / que tu es tombé amoureux». Il faut recommander Logist, surtout à ceux qui pensent que la poésie est hermétique (ils verront ainsi combien c’est faux), mais aussi parce qu’il parvient à renouveler, en termes simples, l’expression des émotions que chacun traverse quotidiennement. Jack Keguenne, Le Carnet et les Instants n° 149.