| Ciseaux carrés [1995]

Ciseaux carrés
Ciseaux carrés, Amay, L’Arbre à Paroles, Collection traverses, 1995, 42 pages.

à propos de ce livre

Chaque poème est ici la relation descriptive, sur un ton mi-cruel mi-détaché, des états d’âme d’un individu qui pourrait être le frère du Grégoire Samsa de Kafka. Quelqu’un qui se déclasse peu à peu, s’enfonce dans l’absurde, a perdu face humaine, ne s’ y retrouve plus dans les codes sociaux, prend sur lui d’épouser son malheur, finit par s’en faire une raison, ce qui ne l’empêche pas d’en souffrir. […] Comme dans les poèmes en prose de Michaux, Logist pratique une écriture au scalpel: textes courts, enchaînements logiques de déraillements, écriture de procès-verbal, ton objectif tenant l’émotionnel à distance. […] Sous la relation clinique court le petit frémissement d’un humour qui serait la politesse du désespoir, caractéristique de Karel Logist comme de la famille poétique à laquelle il appartient: Michaux, Lichtenberg, Kafka, Jacques Rigaut… Comme pour d’autres poètes de sa génération (Bucciarelli, Delaive, Norac par exemple, et bien que chacun dose à sa façon les ingrédients qui font de leurs poèmes un mélange d’humour, de désespoir, d’absurde, de contestation), Karel Logist illustre la conception de l’humour objectif dont s’expliquait André Breton. Eric BrognietRevue Sources, 1995.

Les poèmes de Karel Logist témoignent toujours de la même précision sarcastique dans la mise au point de textes réglés comme des bombes à retardement, art qu’il domine depuis son premier recueil, Le séismographe, qui imposa aussitôt sa voix et son humour millimétré.  Jacques De Decker, Le Soir, 24 avril 1996.

De nouvelles voix se sont fait et se font régulièrement entendre en Belgique ; […] . Celles, aussi, de Karel Logist, à certains égards proche de Jacqmin, qui décortique avec une certaine ironie, voire une sourde violence, l’être en creux qui peuple ses prose-poèmes.  Lionel DestremauPrétexte, 1999.

Entre ces tessons acérés auxquels s’accrochent les lambeaux d’un destin cruel à soi autant qu’aux autres et sans cesse doutant de sa propre existence, s’élèvent les quelques sourires de l’humour. Car l’art logistien s’arme d’une ironie, d’un absurde et même d’une drôlerie auxquels, dès Le Séismographe, je suis sensible: L’annulation d’un restaurant, d’un cinéma ou d’une amante, l’occupe délectablement. Et s’il me fallait comparer cette particularité des Ciseaux carrés à un livre, c’est d’Un certain Plume que je le rapprocherais sans hésitation, où se déploient une semblable difficulté d’être, une détresse proche, une comparable dérision. […] Alors, le doute d’exister et la grâce de la langue se rejoignent et trouvent en Karel Logist leur témoin, leur porte-parole. Ciseaux carrés est un livre accompli, tragique et beau. C’est un livre important. » André RomusLe Journal des poètes, juin 1995.

Je profite donc de Ciseaux carrés pour vous dire tout le bien que je pense de l’écriture de Karel Logist, un auteur belge dont il faudra se souvenir et suivre les prochains livres. L’écriture de Karel Logist parle de moments infimes, de voyages immobiles où l’être se révèle d’une manière rare en poésie. Dans ce livre, celle-ci se présente sous la forme de rectangle qui, comme de petites miniatures, s’amplifie de lumière au regard du contour blanc de la page qui fait cadre. Dans chacune de ces miniatures, le minime rencontre le monumental à travers une écriture très travaillée. » Gilbert DesméeSapriphage, 1995.

Karel Logist, l’incontestable chef de file d’une génération qui monte, une écriture pourrie… par le talent, qu’il étale crûment dans Ciseaux carrés : des textes courts, aux limites de la confidence et du récit tant est serrée l’inspiration. » Roland CounardCourant d’ombres, 1996.

Karel Logist a déblayé un espace pour inscrire qu’entre le rire et les larmes demeurera toujours, comme en retrait, un lieu mental voué à l’expression du rire et des larmes. […] Karel Logist est un élégiaque narquois. Narquois à l’encontre d’un réel qui ne se soucie que d’imposer ses mensonges comme vérités là où nulle vérité ne serait peut-être à reconnaître; élégiaque dans la proximité de l’amour et de la vie sans illusions.» Tristan Sautier, Dossier L, 1995.

Les trente-six courts poèmes en prose qui constituent le nouveau recueil de Logist sont comme autant de portraits froids d’un hypothétique personnage jamais nommé autrement que par «il» – à moins qu’il ne s’agisse jamais du même. L’auteur, sans états d’âme, juxtapose les constats cliniques de situations de nature peu ou prou fantastique, c’est-à-dire sans rien de réaliste. […] Karel Logist fuit les effets de manche, tout en cultivant l’image. L’univers qui progressivement se dégage en est singulièrement poétique, comme l’est le grandissant écart entre un imaginaire fantasque et la sobriété d’une diction. L’ironie majeure qui court tout le recueil désamorce toute possibilité de tragédie. Qu’on ne s’y trompe pas: par delà leur distance et leur fantaisie, ces textes nous parlent du quotidien, le nôtre, simplement un peu arrangé. Le lecteur n’a pas à rire, ni jaune ni clair, mais il ne grince pas des dents. A la lecture de ces textes masquant leur impertinence sous des airs pertinents, il sentira se dessiner sur sa bouche le sourire même du poète. » Gérald Purnelleécritures, 1995.

Karel Logist enfin (une véritable découverte !) dont les poèmes en prose sont animés de sentiments multiples qu’il nous fait partager dans un contexte proche de la confidence et parfois détenteur de formidables secrets. Avec une maîtrise peu commune, Karel Logist nous entraîne dans un monde poétique à la fois sophistiqué et candide, c’est-à-dire au cœur même de la vie. […] Cette poésie originale traque en fait l’étranger qui habite chacun de nous. Jean ChatardLe Mensuel littéraire et poétique, 1996

Karel Logist use dans ses poèmes d’une rude simplicité où l’espace accueille les petits accidents de la vie, les traces mémorielles et une mélancolie douce. C’est l’un des poètes de notre communauté avec lequel il faut compter textes après textes. » Daniel SimonLa Revue nouvelle, 1999.

On trouvera chez Karel Logist un sens élevé de l’autodévaluation, voire de l’autodestruction, qui passe tout à la moulinette […]. Mais qui n’empêche pas la lucidité, ni les coups de gueule. Serge A. ClaeysAvancées, Septembre 1996.