| Desperados : poèmes pour la peau [2013]

Desperados, poèmes pour la peau, couverture de Benjamin Monti, Amay, Editions L'arbre à Paroles, collection IF
Desperados, poèmes pour la peau, couverture de Benjamin Monti, Amay, Editions L’arbre à Paroles, collection IF, 2013, 83 pages

à propos de ce livre

Ce recueil de poèmes de Karel Logist est peut-être le meilleur de l’auteur et certainement l’un des plus remarquables de la poésie belge de ces dernières années. Son titre polysémique renvoie autant à la situation illicite dans laquelle sont embarqués les deux protagonistes qui hantent ces textes qu’à la marque de la bière partagée qui marque le début de leur histoire commune. Recueil d’une relation amoureuse, ce livre est rédigé sous l’exigeante contrainte lipogrammatique, qui parvient toutefois — ce qui rend le geste encore plus beau — à se faire oublier aussitôt annoncée. Au-delà de cette lettre toujours cachée (à vous de retrouver laquelle), le texte, tendre et cru à la fois, est tout en dévoilement, qui, à la manière d’un carnet de voyage ou d’une missive à l’autre, expose au lecteur les grands moments de cette aventure secrète, ses détours et ses sommets, son impossibilité et sa fin. Denis Saint-AmandDossier Lectures pour l’été 2013, Culture ULg.

Il s’agit donc de son quinzième livre et de son premier texte lipogramme, selon une contrainte chère à l’Oulipo, Karel Logist a banni les « i » du recueil, ce qui est un tour de force. Une contrainte qui, en bridant ses élans – on imagine aisément la difficulté d’écrire un texte de 80 pages sans un seul « i » – , a paradoxalement libéré son inconscient. C’est un livre en forme d’aveu, un livre d’une vérité bouleversante et d’une grande pudeur aussi. […] « Desperados » c’est aussi « être désespérés », un amour désespéré et deux êtres errants, en quête de lien durable et d’une identité dans un monde voué aux apparences et aux passions éphémères. On assiste à leurs chassés-croisés mais aussi à leurs dialogues. […] Il s’agit donc d’une sorte de journal de bord d’une relation amoureuse, ou plutôt un carnet de doutes, comme il dit. […] Est –ce de la poésie ? De la prose ? On pourrait dire de la poésie narrative. Qu’on ne me juge pas : Karel Logist nous demande en somme de poser là nos réponses, tout en s’excusant à l’avance : Je demande pardon sans confesser de fautes/ à tous ceux que je blesse. Il y a cette délicatesse, cette prévenance envers le lecteur, et en même temps cette force, cette prise de risque, cet engagement dans ce jeu de l’aveu et du hasard qu’est l’écriture… L’écriture, ce parachute qui s’ouvre au bord du gouffre et qui l’empêche de tomber. Caroline Lamarche, RTBF, 21 décembre 2013.

Desperados est un recueil de poèmes d’amour comme on en fait peu. D’abord, parce que Karel Logist a la pudeur, non pas de s’effacer, mais de se tenir à l’arrière-plan. […] Pas question, ici, de s’attarder sur des considérations sophistiquées au sujet de l’amour. L’écriture de Logist a toujours eu la qualité de ne pas glisser vers l’abstrait. De toujours se tenir simplement au bord des êtres et des choses. Il n’en va pas autrement dans ce recueil. Aucun idéalisme. Juste les faits. […] Pas de fleur bleue, juste la vie qui passe à fleur de peau. Vincent Tholomé, Le Carnet et les Instants, mai 2013.

L’auteur de Ciseaux carrés consacre ici tout un livre aux « poèmes pour la peau », sous-titre assez indicatif d’une œuvre axée sur le rapport physique amoureux, le temps d’une saison d’ébats, de rétentions, de rejets, de regrets. Sous la bannière de l’oulipo et de ses littératures à contraintes (style Perec, Queneau et autres Jouet), le poète liégeois s’est obligé à ne pas utiliser, tout au long de ses 84 pages, une de nos voyelles (voyez-y l’étonnement digne d’un Rimbaud) pour sans doute se confronter à bien d’autres contraintes contrariantes et contrariées : l’amour s’y décline avec obstination, certes, avec moult difficultés. Il y a, chez Logist, une amertume, qui n’est pas éloignée de celle du Romain Penna, une nostalgie adulescente (que j’avais déjà pointée dans l’un des ouvrages précédents). Philippe Leuckx, Texture, 2013.