J’arrive à la meret autres textes, couverture de Laurent Danloy, Postface d’Eloïse Grommerch, Bruxelles, Espace Nord, 2025, 316 pages.
Ne changez pas de rêves, sortez-les plus souvent
Dans le monde de l’enfance et du jeu de mots qui est le sien, un emporte-pièce est un voleur de murs, un pèse-personne est une tribune qui ne pèse personne, et il est des jours où l’on pèse très exactement le poids d’une vie d’escargot. Ce second volume de la collection patrimoniale Espace Nord consacré au poète liégeois Karel Logist est peut-être l’un des plus amusants, des plus « émerveilleux » depuis Fragments de Paul Nougé, publié il y a près d’un demi-siècle. C’est en tout cas une très belle occasion de jouer avec la langue grâce à la réédition en un seul volume des trois recueils de poésie « parisiens » de ce poète belge contemporain (et bien vivant : suivez le sur Facebook), post-moderne dit-on, parmi les plus significatifs. J’arrive à la mer (La Différence, 2003) suivi de Force d’inertie (Le Cherche Midi, 1996) et Le Sens de la visite (La Différence, 2008) rassemblent des poésies de formes très différentes, en vers réguliers ou vers en apparence libres, mais où chaque syllabe compte pourtant. Ils ont une constante : ni hermétisme ni lyrisme, et cette légèreté préservée, venue de l’enfance, où les calembours et zeugmes ont autant d’importance que les rimes, allitérations et assonances. S’il prête et donne généreusement à sourire, cet étonnant successeur de Jacques Izoard, ami de bordée de Carl Norac et Serge Delaive, aligne aussi les hexa- et octosyllabes à nous faire frissonner :
« Ce que je sais me tient la main/ Ce que j’ignore guide mes pas »,
ou cette profession de foi :
« Ecrire à découvert/ combattre le hasard/ à coups de dés dorés se mettre/ en danger de littérature/ et pourquoi pas/ promener sur le velours des veines/ un éclat de miroir/ quand enfin vient le soir/ menacer ruines/ se dire que pour un peu/ on arrêterait tout/ s’il n’y avait la quête/ innombrable du mot.